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La jeunesse et les personnels de l’éducation de France en lutte pour obtenir davantage de moyens.

Après 10 ans de politiques éducatives d’Emmanuel Macron marquées par l’austérité budgétaire, l’accroissement des inégalités et le renforcement du tri social à tous les niveaux du système éducatif, il aura fallu moins d’un mois après la rentrée pour que les questions éducatives provoquent un mouvement social important dans le pays.

Depuis un peu plus de deux semaines, les lycéen·nes français·es protestent contre le manque d’enseignant·es, les classes surchargé·es et le mauvais état du bâti scolaire. La dénonciation de la pression permanente engendrée par la réforme du Baccalauréat et du lycée apparaît également en bonne place dans les revendications des jeunes. En effet, avec l’instauration du contrôle continu, toutes les notes depuis la classe de première comptent pour le Baccalauréat mais aussi, et surtout, pour la plateforme Parcoursup, l’outil de sélection (et de tri social) pour l’entrée dans l’enseignement supérieur. Parti du département de Seine-Saint-Denis près de Paris, l’un des plus pauvres de France, le mouvement s’est rapidement étendu à tout le pays. Le 6 octobre, jour de grève et de manifestation nationales, plusieurs centaines de lycées étaient fermés ou bloqués et les manifestations ont réuni 450 000 personnes dans tout le pays.

Une répression inacceptable

Les deux premières semaines du mouvement lycéen ont été marquées par une importante répression. En deux semaines, 5060 personnes ont été placées en garde à vue dont 4400 mineurs. C’est presque autant que pendant un an de mobilisations des Gilets Jaunes, 2 fois plus que pendant le mouvement anti-Contrat Première Embauche en 2006, un autre mouvement social important de la jeunesse, et 50 fois plus qu’en mai 1968. Mais plus encore que le nombre d’arrestations, c’est l’usage disproportionné de la force par la police qui a provoqué une vive indignation car il a entraîné des blessures graves et des mutilations chez des élèves. Des mineurs ont ainsi perdu de nombreuses dents, une main ou un œil ces derniers jours. Usage de brigades canines, charges de la police montée, tirs à bout portant de lance-grenades, tirs de LBD, utilisation de grenades assourdissantes : l’arsenal déployé pour faire taire la jeunesse fait froid dans le dos. Cette répression inacceptable est d’autant plus scandaleuse qu’elle va laisser des traces profondes, de nombreux·ses lycéen·nes interrogé·es disent ne plus avoir confiance en l’institution policière pour les protéger à l’avenir.

Soutien des enseignant·es

Les organisations syndicales de l’éducation, comme le SNES-FSU, portent depuis des années des revendications qui répondent autant aux attentes des personnels qu’à celles de la jeunesse. Au cours des dernières années, elles ont averti les responsables politiques des effets délétères des réformes du lycée, du Baccalauréat et de la réforme de l’accès à l’enseignement supérieur qui sont aujourd’hui dénoncés par les élèves. Dans les instances et dans la rue, nous avons exigé des mesures salariales et une amélioration des conditions de travail pour rendre les métiers de l’éducation plus attractifs. Nous avons protesté contre les suppressions massives de postes et les classes surchargées qui découragent les vocations et font fuir les jeunes collègues. Nous avons alerté sur l’état de délabrement des écoles. Il n’est pas normal que dans un des pays les plus riches du monde, par endroit, des élèves soient obligé·es de suivre les cours en manteau l’hiver, suffoquent dans des classes surchauffées pendant les vagues de chaleur, n’osent plus se rendre aux toilettes, manquent d’accès à l’eau (Mayotte) ou croisent des nuisibles dans les salles ou les couloirs de leur école. Persuadé d’avoir raison contre tout le monde, contre la profession et contre ses représentant·es syndicales et syndicaux, le gouvernement est passé en force, et avec arrogance, pendant des années sur de nombreux sujets. Au crépuscule du second quinquennat Macron, le monde de l’éducation montre depuis des jours qu’il n’a rien oublié.

Poser des actes forts

Le gouvernement français ne pourra pas sortir de la crise actuelle uniquement par des mots et une consultation fantoche. Il ne pourra le faire qu’en posant des actes forts, certains immédiats, d’autres dans les prochaines semaines à travers le projet de budget. Il est temps pour lui d’écouter la profession et ses organisations syndicales. Le SNES-FSU a des propositions fortes pour construire un autre budget, un autre second degré public et pour rénover le bâti scolaire.

Nous demandons notamment le recrutement immédiat des enseignant·es non titulaires dont le contrat n’a pas été renouvelé depuis la rentrée pour renforcer les équipes actuelles, l’annulation des 1 250 suppressions de postes prévues au budget et la mise en place d’une loi de programmation pluriannuelle pour restituer aux collèges et aux lycées les 10 230 postes supprimés depuis 2017 afin de faire baisser le nombre d’élèves par classe. Il est également indispensable d’annuler le nouveau gel salarial, le 13e depuis 2010, et de revaloriser de 20 % le point d’indice qui sert de base de calcul au salaire des fonctionnaires et d’obtenir une grille salariale nationale pour les enseignant·es contractuel·les afin d’en finir avec les inégalités territoriales. Les personnels de soutien ne doivent pas être oubliés, nous exigeons une grille salariale nationale pour les AED et un statut de fonctionnaire pour les AESH.

Pour repenser le second degré, le SNES-FSU exige notamment la suppression du Grand Oral, épreuve particulièrement discriminatoire, la suppression du contrôle continu, le retour à des épreuves terminales, anonymes et nationales, la suppression de Parcoursup et l’augmentation des places dans l’enseignement supérieur public. Le lycée et le baccalauréat devront être remis à plat.

Concernant le bâti scolaire, le SNES-FSU propose un plan de financement à hauteur de 5 milliards d’euros pendant 10 ans en réservant l’argent public à l’École publique.

Toutes ces mesures nécessitent des investissements massifs dans l’éducation publique. Les services publics ont été suffisamment sacrifiés, le gouvernement doit changer de cap et aller chercher les ressources nécessaires chez celles et ceux qui peuvent contribuer davantage à l’effort national. Là encore, des solutions sont sur la table comme à travers la taxe Zucman, la taxation des super-profits des géants de l’énergie ou par la remise à plat des 211 milliards annuels d’aides publiques aux entreprises.